

Hivernage des ruches : préparer ses colonies au froid, étape par étape
Hivernage des ruches pas à pas : force de la colonie, réserves, partition, réducteur d'entrée, grille anti-souris, toit, humidité, et un calendrier par climat.
L’hivernage d’une ruche consiste à faire entrer en hiver une colonie populeuse, peu parasitée par le varroa, posée sur 15 à 25 kg de réserves, logée dans un volume ajusté par une partition, protégée des rongeurs par une grille d’entrée et couverte d’un toit isolé qui limite la condensation. Tout se décide entre la fin de la dernière récolte et la mi-novembre : passé ce cap, l’apiculteur ne peut presque plus rien corriger sans ouvrir la ruche. Ce guide reprend chaque étape dans l’ordre, avec les cotes, les seuils et un calendrier pour les quatre grands climats de France métropolitaine.
Le calendrier apicole situe l’hivernage dans l’année ; ici, on entre dans le détail du geste.
Qu’est-ce que l’hivernage d’une ruche, et pourquoi tout se joue avant novembre ?
L’enquête nationale sur les mortalités hivernales (ENMHA), conduite par la plateforme d’épidémiosurveillance en santé animale, définit l’hivernage comme la dernière intervention de l’apiculteur dans ses ruches à l’automne pour préparer les colonies, hors traitements d’hiver et nourrissement d’appoint. La sortie d’hivernage correspond à l’apparition des premiers mâles adultes. Entre les deux, la colonie vit sur ce que vous lui avez laissé.
Les chiffres de l’hiver 2024-2025 montrent l’enjeu. Sur 15 747 apiculteurs retenus dans l’analyse, totalisant 213 555 colonies hivernées, la mortalité nationale atteint 21,88 % : la colonie ne contient plus que des abeilles mortes ou la ruche est vide. Si l’on ajoute les colonies trop faibles en sortie d’hiver pour repartir sans aide (moins d’environ 2 000 abeilles), les pertes montent à 31,48 %. L’enquête relève aussi, sans en tirer de lien de cause, une mortalité plus élevée quand l’hivernage dure longtemps : 18,99 % pour trois mois ou moins, 25,06 % pour six mois ou plus. En Bretagne, le bulletin sanitaire de janvier 2026 cite comme première cause de pertes « les colonies faibles à la mise à l’hivernage ».
Une colonie meurt rarement de froid : elle était trop petite pour produire sa chaleur, ses abeilles d’hiver, élevées dans un couvain infesté, vivent trop peu, ou elle a épuisé ses réserves en fin d’hiver. La revue de Döke, Frazier et Grozinger (Penn State, 2015) sur l’hivernage des abeilles rappelle que la survie dépend à la fois de la physiologie des abeilles d’hiver, de la nutrition, des parasites et des pratiques de l’apiculteur. Les gestes de protection (toit, entrée, isolation) ne compensent jamais une colonie mal préparée ; ils lui évitent seulement de dépenser son énergie pour rien.
Les cinq conditions d’un bon hivernage, dans l’ordre d’importance :
- Une population suffisante, saine, avec une reine féconde.
- Un varroa maîtrisé pendant l’élevage des abeilles d’hiver, en août et septembre.
- Des réserves de miel et de pollen suffisantes, placées au contact de la grappe.
- Un volume ajusté à la colonie, sans cadres vides ni espaces inutiles à chauffer.
- Une ruche protégée : entrée réduite, grille anti-souris, toit isolé et lesté, ruche surélevée et légèrement inclinée.
Pour comprendre ce que fait la colonie pendant ces mois, la grappe et la régulation thermique sont expliquées dans notre article sur les abeilles en hiver.
Checklist d’hivernage datée : océanique, continental, montagne, méditerranéen
Les guides en ligne sont souvent canadiens, avec 27 à 36 kg de réserves et des ruches emballées mi-novembre : rien à voir avec un hiver à Nantes ou à Montpellier. Le tableau transpose les étapes aux climats français. Les dates sont des repères pour un rucher de moins de 500 m d’altitude, sauf la colonne montagne ; un fond de vallée froid peut avoir trois semaines de retard sur un coteau exposé au sud.
| Étape | Océanique (Bretagne, Pays de la Loire, Sud-Ouest) | Continental et semi-continental (Nord-Est, Centre, Bourgogne) | Montagne (au-dessus de 800 m) | Méditerranéen (littoral et arrière-pays bas) |
|---|---|---|---|---|
| Traitement varroa post-récolte | Fin juillet à fin août | Fin juillet à fin août | Août, sans dépasser la mi-septembre | Fin juillet à août, après la lavande |
| Comptage de contrôle (2 semaines après retrait) | Septembre à octobre | Septembre à octobre | Septembre | Septembre à octobre |
| Visite d’automne, réunion des faibles | Début septembre | Début septembre | Fin août | Septembre |
| Nourrissement de réserve (sirop lourd) | Septembre | Septembre | Fin août à début septembre | Septembre à octobre selon les pluies |
| Partition et retrait des cadres vides | Fin septembre à mi-octobre | Fin septembre | Début septembre | Octobre |
| Réducteur d’entrée, protection frelon | Septembre à novembre | Septembre à octobre | Septembre | Septembre à novembre |
| Grille anti-souris | Fin octobre | Mi-octobre | Fin septembre à début octobre | Novembre |
| Isolation du toit, sangles, lest | Novembre | Octobre à novembre | Octobre, avant la neige | Novembre, surtout contre le mistral et la tramontane |
| Traitement oxalique hors couvain | Fin novembre à début janvier, après une période froide | Fin novembre à début janvier | Novembre à décembre | Rarement possible sans encagement de la reine |
| Pesées de contrôle | Janvier à mars | Janvier à mars | Février à avril | Décembre à février |
| Retour à l’entrée normale | Mars | Mars à avril | Avril à mai | Février à mars |
Cette répartition est notre lecture, établie à partir des repères du ministère de l’Agriculture (nourrir en septembre en plaine), des bulletins sanitaires régionaux de Bretagne et d’Occitanie et des travaux d’INRAE Avignon sur le littoral méditerranéen. Ajustez-la avec votre carnet de visites : floraison du lierre, arrêt de ponte et première gelée locale priment sur toute date nationale.
Deux obligations administratives tombent aussi dans cette période. La déclaration annuelle de ruches se fait entre le 1er septembre et le 31 décembre, dès la première colonie, en ligne sur « Mes démarches » ou par le Cerfa 13995*08 ; les déclarations tardives ne sont pas enregistrées. Le détail est dans notre page sur la déclaration des ruches. Notez enfin dans le registre d’élevage chaque traitement posé et retiré.
La colonie est-elle assez forte pour passer l’hiver ?
Évaluer la population et la reine
À la visite d’automne, comptez les inter-cadres occupés par les abeilles et vérifiez la présence d’œufs et un couvain compact, sans opercules percés ni affaissés.
Les références chiffrées viennent surtout du Canada, où l’hiver est long et rude : le guide automnal de Perennia (Canada atlantique) demande au moins sept à huit cadres d’abeilles en ruche Langstroth, et le MAPAQ en Estrie vise 10 à 15 cadres couverts d’abeilles par ruche, hivernée sur deux hausses (deux corps, dans le vocabulaire québécois). Sous les hivers plus courts de la plupart des régions françaises, des colonies plus petites passent couramment l’hiver en Dadant 10 cadres. Une colonie qui ne couvre que trois ou quatre inter-cadres en octobre reste fragile partout : elle peine à produire sa chaleur, à suivre ses réserves dans la ruche et à redémarrer au printemps.
La reine compte autant que le nombre d’abeilles. Une reine de l’année pond plus longtemps à l’automne et reprend plus tôt en fin d’hiver. Dans l’ENMHA 2024-2025, 56,34 % des colonies concernées avaient une reine de l’année ; l’enquête ne donne pas de mortalité par âge de reine. Une colonie orpheline ou bourdonneuse en septembre ne passera pas l’hiver : réunissez-la.
Réunir ou éliminer les colonies faibles
Le bulletin sanitaire de Bretagne d’octobre 2025 distingue deux cas :
- la colonie faible mais saine (essaim tardif, reine récente qui a peu pondu) : réunissez-la à une colonie plus forte. La méthode du papier journal, qui laisse aux deux colonies le temps de mêler leurs odeurs, est expliquée pas à pas dans notre guide pour réunir deux ruches ;
- la colonie à la fois malade et trop faible : le bulletin conseille de l’éliminer, le soir, après le retour des butineuses, pour éviter qu’elle soit pillée et transmette ses pathogènes au rucher.
Faites cette visite sanitaire le plus tôt possible après la récolte, insiste le même bulletin, pour garder le temps d’aider une colonie qui peut l’être. Marquez les colonies suspectes : vous repérerez plus vite une mortalité et éviterez qu’une ruche morte reste ouverte aux pillardes.
Le varroa : le facteur qui décide de la longévité des abeilles d’hiver
Les abeilles nées en automne vivent six à huit mois, rappelle le livret du ministère de l’Agriculture : ce sont elles qui passeront l’hiver. Encore faut-il qu’elles aient été élevées dans un couvain peu parasité. L’équipe de Wageningen (van Dooremalen et al., PLoS ONE, 2012) a suivi pendant deux hivers des colonies traitées au Thymovar en juillet, en août ou en septembre, et des colonies non traitées en été, toutes recevant ensuite un traitement oxalique d’hiver. Plus l’infestation était faible pendant la transition vers les abeilles d’hiver, plus ces abeilles vivaient longtemps. Les colonies non traitées ont eu les vies les plus courtes et les pertes les plus lourdes : quatre sont mortes au premier hiver, aucune parmi les traitées. Au second hiver, les colonies traitées en juillet avaient les plus grosses populations en avril.
Comptez la chute naturelle deux semaines après le retrait des lanières, sur lange graissé, pendant au moins une semaine. Les repères bretons varient d’un bulletin à l’autre : celui d’octobre 2024, s’appuyant sur le guide varroa de la FNOSAD, fixe le seuil à 0,5 varroa par jour à ce comptage de contrôle, au-delà duquel les chances de survie de la colonie pendant l’hiver sont réduites et un traitement oxalique est recommandé ; celui d’octobre 2025 demande un traitement d’hiver à l’acide oxalique au-delà de 1 varroa par jour ; celui de janvier 2026 espère des comptages d’automne sous 1 varroa par jour. Sur les ruches de son réseau sentinelle, ce dernier relève une médiane de 2,5 varroas par jour à l’automne 2024 et de 1,4 à l’automne 2025, sur un échantillon jugé trop petit pour être représentatif. Le seuil le plus prudent, 0,5 par jour, est celui à retenir si vous hésitez. Ne laissez jamais les lanières tout l’hiver : au-delà de la durée prescrite, elles entretiennent les résistances.
Combien de réserves laisser, et où les placer ?
La quantité : 15 à 25 kg selon le climat
Le livret « Mieux savoir » du ministère de l’Agriculture retient 15 à 25 kg de réserves pour qu’une colonie passe l’hiver, soit au moins l’équivalent de cinq cadres de corps Dadant pleins, un cadre plein pesant environ 4 kg au maximum. Le bulletin de Bretagne d’octobre 2025 juge 15 kg un bon objectif pour une colonie hivernée sur dix cadres dans cette région au climat doux, soit environ quatre cadres de miel pleins sur les deux faces. Visez le bas de la fourchette en zone océanique, le haut en climat continental et en montagne.
| Situation | Réserves visées à l’entrée de l’hiver | Équivalent en cadres Dadant pleins |
|---|---|---|
| Océanique doux, hivernage court | Environ 15 kg | 4 cadres |
| Continental, plaine de l’Est ou du Centre | 18 à 20 kg | 4 à 5 cadres |
| Montagne, hiver de cinq mois ou plus | 20 à 25 kg | 5 à 6 cadres |
| Méditerranée, ponte continue possible | 15 kg et plus, avec contrôle en février | 4 cadres, plus selon la ponte |
La répartition par climat est notre lecture des fourchettes officielles. La raison tient à la consommation : d’après Seeley et Visscher, cités par le ministère, une colonie consomme environ 0,42 kg par semaine sans couvain et 0,84 kg par semaine quand elle élève, et même une petite colonie dépense au moins 20 kg de miel de juillet à avril en climat tempéré. Une colonie qui pond tout l’hiver sur le littoral méditerranéen consomme donc deux fois plus qu’une colonie bloquée par le froid. L’automne aussi coûte cher : un suivi par balance connectée cité par l’observatoire d’Occitanie (OMAA) en septembre 2024 a enregistré une perte de 6 kg sur le seul mois d’août, sur une colonie au piémont pyrénéen qui élevait encore beaucoup de couvain alors que les ressources baissaient.
L’emplacement : au contact de la grappe
En hiver, la grappe se déplace lentement vers le haut et vers l’arrière, en suivant ses réserves. Si le miel se trouve dans des cadres de rive séparés du nid par des cadres vides, une période froide de plusieurs jours peut l’empêcher de l’atteindre : la colonie meurt de faim à quelques centimètres de ses réserves. D’où l’importance du resserrement décrit plus bas.
Le bulletin breton donne une astuce pour récupérer le miel stocké en haut de cadres que vous retirez : désoperculez-les et laissez-les quelques jours de l’autre côté de la partition. Les abeilles descendent ce miel vers le nid.
Compléter si nécessaire, et à temps
Si la pesée ou l’examen des cadres montre un déficit, complétez au sirop lourd en septembre en plaine. Le livret du ministère explique la fenêtre : trop tard, il fait trop froid pour que les abeilles operculent ; trop tôt, elles consomment le sirop pour élever du couvain. Notre calculateur de sirop donne les quantités de sucre et d’eau, et le guide pour nourrir les abeilles détaille les recettes, les nourrisseurs et le candi de fin d’hiver.
Deux précautions :
- Pas d’hivernage sur miellat : le mélézitose qu’il contient est mal digéré et favorise la dysenterie, rappelle le ministère. Si la colonie a rentré du miellat de sapin ou de chêne en fin d’été, échangez une partie de ces cadres contre des cadres de miel de fleurs ou complétez au sirop.
- Le pollen : vérifiez qu’une couronne de pollen, idéalement de plusieurs couleurs, entoure le couvain. Le bulletin breton conseille une pâte protéinée à défaut.
Partition et resserrement : ajuster le volume de la ruche
Pourquoi resserrer
Une colonie de cinq ou six inter-cadres dans un corps Dadant de dix cadres laisse vides plusieurs cadres de rive. Elle n’a pas à les chauffer, car une colonie ne chauffe que sa grappe, mais ces espaces froids posent trois problèmes : la condensation s’y forme, la fausse teigne y prospère et les réserves y sont mal placées. Le bulletin de Bretagne d’octobre 2025 demande de retirer tous les cadres incomplètement bâtis et de resserrer la colonie avec une partition, de manière à ne laisser aucun inter-cadre vide.
Quand et comment
Le même bulletin demande de resserrer tôt, pour que les abeilles stockent le miel à côté du couvain et remplissent des cadres entiers. Une partition posée en novembre ne déplace plus aucune réserve.
- Ouvrez par une journée douce, au-dessus de 15 °C.
- Repérez le nid à couvain et les cadres de miel.
- Retirez les cadres vides, mal bâtis, noircis ou moisis. Stockez les cadres bâtis sains à l’abri de la fausse teigne, au froid et à l’air.
- Disposez de part et d’autre du nid les cadres de miel et de pollen. Le cadre de rive côté partition doit être un cadre de miel, pas un cadre vide.
- Glissez la partition contre le dernier cadre occupé. Ajoutez au besoin un cadre de miel derrière elle, désoperculé, pour qu’il soit redescendu.
Pour une colonie très faible mais que vous tenez à garder (reine de valeur, essaim tardif sain), une ruchette d’hivernage de cinq ou six cadres offre un volume mieux adapté qu’un grand corps à moitié vide.
Partition simple ou partition isolante ?
Une partition en bois suffit à fermer l’espace. L’observatoire d’Occitanie recommande, dès que les températures baissent, une « partition chaude », isolante, associée à une isolation du toit ; un panneau de polystyrène extrudé ou de liège habillé de bois convient. Ajustez-la sur toute la hauteur et la largeur de la ruche, sans quoi l’air froid passe dessous.
Réduction d’entrée et grille anti-souris : quelle ouverture laisser ?
Le réducteur d’entrée
Réduire l’entrée sert surtout contre le pillage et le frelon asiatique. Le livret du ministère rappelle que l’équilibrage des colonies et la réduction des entrées réduisent les risques de pillage ; le bulletin breton cible en priorité les colonies faibles ou malades.
L’observatoire d’Occitanie met en garde contre l’excès inverse : réduire exagérément l’entrée est une erreur technique préjudiciable. Une entrée trop étroite gêne la ventilation et se bouche avec les abeilles mortes : gardez quelques centimètres de large et vérifiez-la après chaque vague de froid.
Protéger contre le frelon asiatique en automne
Octobre et novembre peuvent rester des mois de forte prédation : le bulletin breton d’octobre 2024 rappelait la pression intensifiée observée sur ces deux mois à l’automne 2023, tout en notant une situation plus calme en 2024, avec des foyers localisés autour de Rennes, Brest et Lorient. L’observatoire d’Occitanie cite les portes d’entrée anti-frelons, les muselières et les harpes électriques, et le déplacement des colonies si la pression devient trop forte. Les moyens de protection et leur efficacité sont comparés dans notre page sur le frelon asiatique.
La grille anti-souris
Dès les premières gelées, mulots et souris cherchent un abri : dans la ruche, ils rongent les cadres, mangent miel et pollen et souillent tout. Le bulletin breton d’octobre 2025 recommande une protection d’entrée contre les rongeurs.
- Hauteur de passage : environ 7 à 8 mm. Une ouvrière passe, une souris non.
- Matériau : métal (tôle perforée, porte d’entrée en acier ou en zinc). Le plastique et le bois se rongent.
- Date de pose : avant les premières gelées, et toujours avant que la grappe ne se resserre. Une grille posée sur une ruche déjà occupée par un rongeur l’enferme avec les abeilles : vérifiez le plancher avant de la poser.
- Retrait : au printemps, dès que la colonie a besoin d’un trou de vol normal, quand les apports de pollen s’intensifient.
Plateau grillagé en hiver : faut-il le fermer ?
Le plancher grillagé, devenu la norme, sert à la ventilation et au suivi du varroa sur lange. En hiver, il ouvre aussi le bas de la ruche à l’air froid. Le livret du ministère de l’Agriculture range parmi les bonnes pratiques un plancher grillagé « à obturer l’hiver parfois », et le bulletin breton d’octobre 2025 note que fermer le plancher aéré peut aider, en complément de l’isolation du toit.
En pratique, trois réglages existent :
| Réglage | Quand le choisir | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Plancher ouvert | Rucher abrité du vent, climat océanique doux, colonie forte | Courant d’air si la ruche est exposée ; pas de suivi de la chute de varroas |
| Lange glissé sous la grille | La plupart des situations françaises | Nettoyez-le régulièrement, il accumule débris et humidité ; il sert au comptage |
| Plancher plein ou tiroir fermé | Montagne, rucher venté, colonie moyenne | Surveillez la condensation et le dépôt d’abeilles mortes sur le fond |
Le lange, glissé dans sa coulisse sous la grille, est le meilleur compromis : il coupe le courant d’air, laisse un vide sanitaire sous les cadres et vous donne la chute de varroas, les débris de désoperculation (qui montrent où se trouve la grappe) et les éventuelles traces de rongeurs. Aucune des sources officielles consultées ne demande de fermer le plancher par principe : le ministère dit « parfois », le bulletin breton « peut aider ». Le bon réglage dépend de l’exposition du rucher et de la force de la colonie.
Faut-il isoler une ruche en hiver, et par où commencer ?
Ce que dit la recherche
Une ruche en bois du commerce isole beaucoup moins qu’une cavité naturelle. Derek Mitchell, à l’université de Leeds, a comparé par l’expérience et par la modélisation thermique les ruches courantes et les cavités d’arbre (International Journal of Biometeorology, 2016) : en configuration d’hiver, les pertes de chaleur sont environ 4 à 7 fois plus fortes dans une ruche courante. L’université de Leeds résume l’écart : environ 19 mm de paroi pour une ruche contre environ 150 mm de bois pour un tronc creux. Dans un autre article, publié dans le Journal of the Royal Society Interface, le même chercheur soutient que la couche externe de la grappe, le manteau, n’isole pas le cœur mais agit comme un puits de chaleur, et que la grappe serrée est une réponse de survie au froid, coûteuse pour les abeilles.
Sur le terrain, l’essai de St. Clair, Beach et Dolezal (université de l’Illinois, PLoS ONE, 2022) est le plus parlant. Sur 43 colonies réparties dans 8 ruchers, la moitié a reçu une enveloppe en polypropylène alvéolé noir de 4 mm et un panneau isolant de 3,8 cm sur le couvre-cadres. Toutes avaient réducteur d’entrée, grille anti-souris, même traitement contre le varroa et même nourrissement. Résultat : 4,8 % de mortalité dans les ruches couvertes contre 27,3 % dans les ruches témoins ; les témoins ont perdu du poids presque deux fois plus vite et mangé davantage de candi. Les températures de grappe ne différaient pas significativement : les témoins tenaient la même température en brûlant plus de réserves. L’Illinois connaît des hivers plus froids que la plupart des régions françaises ; l’essai ne sépare pas l’effet de l’enveloppe de celui du toit isolé et ne chiffre pas le coût.
Le toit d’abord
La chaleur produite par la grappe monte. Le point faible d’une ruche en hiver est donc le dessus, bien plus que les flancs. L’ordre logique :
- Couvre-cadres en place, trou de nourrisseur fermé ou recouvert, sauf si vous y posez du candi.
- Isolant au-dessus du couvre-cadres : panneau de polystyrène extrudé ou de liège de 3 à 5 cm, découpé aux dimensions intérieures du toit. Certains toits du commerce sont déjà isolés.
- Toit métallique bien ajusté, lesté d’une pierre ou d’un parpaing, ou sanglé avec la ruche dans les secteurs ventés.
- Flancs, seulement en montagne ou en climat continental rude : enveloppe ou caisson, en laissant le trou de vol dégagé.
L’isolant ne remplace pas l’aération : ne colmatez pas toutes les ouvertures. Une ruche en polystyrène isole d’emblée toutes les faces, mais sa légèreté la rend sensible au vent.
Ne pas isoler trop tôt
Le guide de Perennia note qu’une couverture posée trop tôt peut relancer l’élevage et épuiser les réserves ; dans le sud du Québec, le MAPAQ isole vers la mi-novembre, quand les températures de jour ne dépassent plus 2 à 3 °C. L’isolant du toit peut rester toute l’année, car il protège aussi de la chaleur estivale ; les enveloppes de flancs se posent au vrai froid et se retirent au printemps.
Humidité dans la ruche en hiver : condensation, ventilation et emplacement
D’où vient l’eau
En consommant du miel, la grappe rejette du gaz carbonique et de la vapeur d’eau. Cette vapeur se condense sur la surface la plus froide de la ruche. Si le couvre-cadres est froid, l’eau se forme au-dessus de la grappe et peut goutter sur elle : c’est le scénario à éviter. Si le dessus est isolé, la condensation se forme plutôt sur les parois latérales et le plancher, loin de la grappe, et s’écoule vers l’entrée. L’humidité n’est pas un ennemi en soi : Mitchell (2016) déduit de ses mesures qu’une cavité d’arbre, bien plus isolante, maintiendrait au nid une humidité plus élevée qu’une ruche courante, ce qu’il associe à une meilleure survie des petites colonies. Le danger, c’est l’eau qui ruisselle sur la grappe.
L’observatoire d’Occitanie résume la règle : isoler, mais garder une ventilation correcte pour éviter l’humidité dans la colonie.
Les gestes contre l’humidité
- Incliner la ruche de quelques degrés vers l’avant, pour que l’eau de condensation et de pluie s’écoule par le trou de vol au lieu de stagner sur le plancher.
- Surélever la ruche sur des parpaings, une palette ou un support dédié : le MAPAQ demande de ne jamais poser les ruches directement au sol. Vous évitez la remontée d’humidité et les éclaboussures.
- Choisir l’emplacement : pas de fond de vallée ni de cuvette où l’air froid et le brouillard stagnent, pas de zone où l’eau de fonte s’accumule. Préférez un rucher abrité des vents dominants et exposé au soleil d’hiver, comme le conseillent Perennia et le MAPAQ.
- Garder une petite ouverture : un trou de vol de quelques centimètres et, si vous isolez fortement, un passage d’air au niveau du toit.
- Ne pas isoler avec des matériaux étanches enveloppant toute la ruche : Perennia note que le plastique noir ne laisse pas sortir l’humidité.
Les signes d’un problème
Moisissures sur les cadres de rive, eau sur le plancher, couvre-cadres trempé : la ventilation ou l’isolation du toit est insuffisante, ou la ruche est mal placée. Des déjections abondantes sur la façade après les vols de propreté signalent une dysenterie, liée par exemple à des réserves de miellat ou à une nosémose.
Que faire au rucher pendant l’hiver, sans ouvrir la ruche ?
Les tours de rucher
Le ministère rappelle que des visites de rucher doivent aussi être faites en hiver, pour dépister d’éventuelles mortalités. Sans ouvrir :
- Après chaque coup de vent : toits en place, ruches d’aplomb, sangles tendues.
- Toutes les deux à trois semaines : trou de vol dégagé des abeilles mortes, grille anti-souris en place, absence de traces de rongeurs, de pic-vert ou de pillage.
- Par journée douce : vols de propreté sur toutes les ruches. Une ruche silencieuse alors que ses voisines volent doit être contrôlée.
- Lecture du lange : la ligne de débris de désoperculation indique la position et la largeur de la grappe, et sa progression vers l’arrière ou le haut.
Le pic-vert perce parfois les parois des ruches en bois par temps de neige ou de gel prolongé. Dans les secteurs où il sévit, un grillage tendu à quelques centimètres des parois l’en empêche.
Le traitement d’hiver à l’acide oxalique
Si le comptage d’automne dépasse le seuil, l’hiver offre la période hors couvain où un médicament à base d’acide oxalique disposant d’une AMM en France (Api-Bioxal, Oxybee, Varroxal, Varromed, par exemple) agit pleinement ; l’acide oxalique pur acheté comme matière première n’est pas un médicament autorisé et son usage est interdit. En plaine, cette fenêtre tombe le plus souvent entre fin novembre et début janvier, à vérifier sur deux ou trois colonies témoins. D’après la fiche de GDS France consacrée à l’Api-Bioxal, son efficacité est excellente sans couvain et tombe sous 50 % en présence de couvain ; le dégouttement vise une fenêtre autour de 8 à 10 °C sans vent, à raison de 5 ml de solution tiède par inter-cadre occupé ; on ne traite pas plus d’une fois dans le même hiver. Le bulletin breton d’octobre 2025 conseille de traiter quand le couvain est au minimum, idéalement après une longue période sous 10 °C ; celui d’octobre 2024, une semaine après quelques jours de froid. Les doses, la sublimation et le choix du produit sont détaillés dans notre guide sur le traitement à l’acide oxalique.
Sur le littoral méditerranéen, l’unité Abeilles et Environnement d’INRAE Avignon note que les hivers ne sont plus assez froids pour provoquer un arrêt de ponte naturel. La période hors couvain doit alors être créée, par retrait du couvain ou par encagement de la reine, méthodes étudiées avec l’ADAPI, l’UNAAPI et l’université de Turin dans les projets Innova’Pi, Apinverno et Melior’Api.
Les pesées de fin d’hiver
La consommation double quand la ponte reprend, souvent dès février en plaine : c’est en fin d’hiver que les colonies meurent de faim. Le bulletin breton de janvier 2026 demande de continuer à surveiller les réserves au moment de la reprise de ponte. Soupesez chaque ruche par l’arrière, toujours de la même façon, ou utilisez un peson ou une balance. Une ruche nettement plus légère que ses voisines reçoit du candi, posé au-dessus de la grappe, sur le trou du couvre-cadres, par une journée calme ; pas de sirop liquide par temps froid.
Retirer les ruches mortes
Une colonie morte en plein hiver doit être fermée et rapportée à l’atelier. Le bulletin breton de janvier 2026 le rappelle : laissée en place, elle attire le pillage et transmet ses pathogènes. Notez la date et les signes observés (miel restant, abeilles tête dans les cellules, couvain, varroas) et prévenez votre GDS si vous suspectez une maladie. Le ministère conseille de faire le bilan de l’hiver avec le registre d’élevage : il vous dira quelle étape de votre hivernage améliorer en priorité.
Questions fréquentes
Quand faut-il mettre les ruches en hivernage ?
En plaine, la mise en hivernage se prépare de fin juillet à octobre : traitement varroa après la récolte, comptage de contrôle, nourrissement en septembre, partition et réducteur d'entrée en octobre. En montagne, avancez chaque étape de deux à quatre semaines. Sur le littoral méditerranéen, l'automne doux laisse plus de marge, mais la ponte s'arrête rarement.
Combien de kilos de miel faut-il laisser dans une ruche pour l'hiver ?
Le ministère de l'Agriculture retient 15 à 25 kg de réserves par colonie, soit au moins cinq cadres de corps Dadant pleins, un cadre plein pesant environ 4 kg au maximum. En Bretagne, au climat doux, 15 kg pour une colonie hivernée sur dix cadres est un bon objectif. En montagne, visez le haut de la fourchette.
Faut-il fermer le plancher grillagé en hiver ?
Ce n'est pas obligatoire, mais c'est souvent utile. Le livret du ministère de l'Agriculture conseille un plancher grillagé à obturer parfois en hiver, et le bulletin sanitaire de Bretagne d'octobre 2025 note que fermer le plancher aéré peut aider. Glisser le lange sous la grille suffit : il coupe le courant d'air et sert au comptage des varroas.
Faut-il isoler une ruche en hiver en France ?
Isolez au minimum le dessus, au-dessus du couvre-cadres, car la chaleur monte et c'est là que la grappe perd le plus. Une ruche en bois de 2 cm isole beaucoup moins qu'un tronc creux. Dans un essai américain, des ruches couvertes et isolées par le haut ont moins consommé et moins péri que les ruches nues.
Quelle hauteur pour une grille anti-souris ?
Un passage d'environ 7 à 8 mm de haut laisse sortir les ouvrières mais arrête le mulot et la souris. Posez la grille ou la porte d'entrée métallique avant les premières gelées, quand les rongeurs cherchent un abri, et vérifiez après les épisodes de mortalité que les abeilles mortes ne bouchent pas le passage.
Peut-on ouvrir une ruche en hiver ?
Évitez de l'ouvrir : chaque ouverture refroidit le nid et coûte de l'énergie à la grappe. En hiver, on observe le trou de vol, on soupèse la ruche par l'arrière et on lit le lange. Une ouverture brève reste possible par journée douce pour poser du candi ou appliquer un traitement oxalique hors couvain.
Pourquoi y a-t-il de l'humidité dans ma ruche en hiver ?
La grappe consomme du miel et rejette de l'eau. Cette vapeur se condense sur la paroi la plus froide. Si le couvre-cadres n'est pas isolé, elle peut goutter sur la grappe. Isolez le dessus, inclinez légèrement la ruche vers l'avant, surélevez-la du sol et évitez les fonds humides où l'air froid stagne.
Que faire d'une colonie trop faible avant l'hiver ?
Si elle est saine, réunissez-la à une colonie voisine par la méthode du papier journal, en éliminant la reine la moins bonne. Si elle est à la fois malade et trop faible, le bulletin sanitaire de Bretagne conseille de l'éliminer, pour éviter qu'elle soit pillée et contamine le rucher. Une colonie faible coûte souvent le printemps.
Sources
- Mieux savoir : livret destiné à ceux qui acquièrent leur première colonie, Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire
- Bulletin régional de la santé de l'abeille n° 7 (octobre 2025), DRAAF Bretagne, GDS Bretagne, GTV Bretagne, ADA Bretagne
- Bulletin régional de la santé de l'abeille n° 3 (octobre 2024), DRAAF Bretagne, GDS Bretagne, GTV Bretagne, ADA Bretagne
- Bulletin régional de la santé de l'abeille n° 8 (janvier 2026), DRAAF Bretagne, GDS Bretagne
- Bulletin trimestriel de l'OMAA (septembre 2024), DRAAF Occitanie, OMAA, FRGDS Occitanie, ADA Occitanie, GTV Occitanie
- Enquête nationale sur les mortalités hivernales des colonies d'abeilles (ENMHA) 2024-2025 : rapport national, 8e édition, Plateforme d'épidémiosurveillance en santé animale (ESA)
- Foire aux questions : déclaration de détention et d'emplacement de ruches (juin 2026), Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire
- Api-Bioxal, fiche technique (juin 2019), GDS France
- Contrôle du varroa : collaboration franco-italienne (projets Innova'Pi, Apinverno, Melior'Api), INRAE, unité Abeilles et Environnement (Avignon)
- Winter Survival of Individual Honey Bees and Honey Bee Colonies Depends on Level of Varroa destructor Infestation (C. van Dooremalen et al., PLoS ONE, 2012), PLoS ONE
- Honey bee hive covers reduce food consumption and colony mortality during overwintering (A. L. St. Clair, N. J. Beach et A. G. Dolezal, PLoS ONE, 2022), PLoS ONE, université de l'Illinois à Urbana-Champaign
- Ratios of colony mass to thermal conductance of tree and man-made nest enclosures of Apis mellifera (D. Mitchell, International Journal of Biometeorology, 60(5), 629-638, 2016), FAO, base AGRIS
- Research challenges beliefs on honeybee insulation, Université de Leeds
- Overwintering honey bees: biology and management (M. A. Döke, M. Frazier et C. M. Grozinger, Current Opinion in Insect Science, 10, 185-193, 2015), Pennsylvania State University
- Guide de gestion automnale de l'abeille mellifère (2016), Perennia, Équipe de transfert technologique apicole du Canada atlantique
- L'hivernage des colonies d'abeilles à l'extérieur (A. Pettigrew, MAPAQ Estrie), CRAAQ, Agri-Réseau

