

Acide oxalique contre le varroa : dégouttement, sublimation et doses par ruche
Traitement à l'acide oxalique : médicaments autorisés, doses par ruelle et par ruche, dégouttement ou sublimation, fenêtre hors couvain, EPI, erreurs à éviter.
Le traitement d’une ruche à l’acide oxalique se fait sur une colonie sans couvain operculé, avec un médicament vétérinaire autorisé en France (Api-Bioxal, Oxybee, Varroxal, Varromed ou Calistrip Biox). En dégouttement, on verse 5 ml de solution tiède par ruelle occupée par les abeilles, sans dépasser 50 ml par ruche pour Api-Bioxal et 54 ml pour Oxybee. En sublimation, on vaporise 2 g de poudre sous la grappe (notices françaises actuelles d’Api-Bioxal et de Varroxal), ruche fermée, avec un masque FFP3. Une seule application par hiver suffit : hors couvain, la DGAL situe l’efficacité entre 95 et 99 %.
Voici le protocole produit par produit. Pour la biologie du parasite, les comptages et la stratégie annuelle, voyez notre page pilier sur le varroa.
Comment agit l’acide oxalique contre le varroa ?
L’acide oxalique est un acide organique présent naturellement dans de nombreuses plantes et dans le miel. Appliqué dans la ruche, il agit par contact sur les varroas qui se trouvent sur les abeilles adultes, en phase dite phorétique. Il n’a aucun effet rémanent : le dégouttement comme la sublimation agissent au moment du traitement et dans les jours qui suivent, puis plus rien, comme le rappelle Réussir Apiculture dans son dossier sur les méthodes populationnelles.
Pourquoi le couvain est son point faible
La femelle varroa se reproduit à l’abri dans les cellules operculées. L’acide n’y pénètre pas. Avec du couvain, une partie de la population de varroas échappe donc au traitement, et elle ressortira à la naissance des abeilles. Les chiffres sont sans appel :
| Situation de la colonie | Efficacité de l’acide oxalique | Source |
|---|---|---|
| Sans couvain | 95 à 99 % | DGAL / ANMV, 2022 |
| Sans couvain (encagement de reine) | 95 à 98 % | GDS France, fiche encagement |
| Avec couvain | moins de 50 % | GDS France, fiche API Bioxal, 2019 |
Réussir Apiculture cite les essais du réseau des ADA : même un petit reste de couvain operculé peut abriter plusieurs centaines de varroas hors d’atteinte. D’où la règle d’or : pas de couvain operculé, ou pas de traitement oxalique, sauf exception discutée plus bas.
Les limites de la molécule
La présentation de la DGAL et de l’Anses-ANMV de 2022 liste les risques : produit classé substance vénéneuse pour l’utilisateur, hausse de la mortalité des abeilles adultes, lésions digestives, affaiblissement des colonies au printemps et risque de surdosage. Elle recommande de ne pas renouveler trop souvent les applications et de ne jamais traiter pendant une miellée. Pour Varromed, elle précise que l’efficacité n’a été étudiée que dans des colonies faiblement à moyennement infestées. Sur une colonie très chargée, n’attendez pas d’un passage d’acide oxalique qu’il rattrape un traitement d’été manqué.
Quels médicaments à l’acide oxalique sont autorisés en France ?
Dans sa réponse à la question écrite n° 113, publiée au Journal officiel le 2 décembre 2025, le ministère de l’Agriculture indique que cinq médicaments à base d’acide oxalique disposent d’une AMM en France et sont commercialisés, dont un produit d’un laboratoire espagnol à durée d’action plus longue, autorisé en novembre 2024. Le tableau ci-dessous croise cette réponse, la base européenne des médicaments vétérinaires (UPD), qui publie les RCP et notices français, et la liste du GDSA du Jura mise à jour en août 2026.
| Médicament | Composition | Mode d’application | Dose indicative | Ordonnance |
|---|---|---|---|---|
| Api-Bioxal 0,71 g/g (Chemicals Laif, AMM FR/V/1748622 6/2015) | poudre : 0,71 g d’acide oxalique par gramme, soit 0,995 g de dihydrate, sachets de 31, 156 et 312 g | dégouttement dans du sirop ou sublimation | 5 ml par ruelle, 50 ml au plus ; 2 g en sublimation | non |
| Oxybee (Dany Bienenwohl, AMM européenne) | poudre et solution à mélanger, 39,4 mg/ml d’acide oxalique | dégouttement | 5 à 6 ml par ruelle, 54 ml au plus | non |
| Varroxal 0,71 g/g (Andermatt BioVet, AMM FR/V/4010336 7/2023) | poudre, 0,71 g d’acide oxalique par gramme, soit 1 g de dihydrate, pots de 75 ou 200 g | sublimation, dégouttement ou pulvérisation | 2 g en sublimation ; 3 à 6 ml par ruelle | non |
| Varromed (AMM européenne) | solution prête à l’emploi : 44 mg/ml d’acide oxalique dihydraté et 5 mg/ml d’acide formique | dégouttement | 5 ml par ruelle, 25 à 45 ml par ruche | non |
| Calistrip Biox (Laboratorios Calier, AMM FR/V/3764272 3/2024) | ruban de 6,44 g d’acide oxalique dihydraté | lanières suspendues | 2 lanières par ruche pendant 6 semaines | non |
Ces cinq produits sont utilisables en apiculture biologique et le temps d’attente pour le miel est nul. Dany’s BienenWohl, de même forme et de même dosage (39,4 mg/ml) qu’Oxybee, détient une autorisation européenne valable en France, mais ne figure pas parmi les cinq produits commercialisés cités par le ministère. Un médicament acheté sur un site étranger sans AMM valable en France n’est pas autorisé. Le comparatif complet de tous les acaricides, de l’amitraze au thymol, se trouve sur notre page consacrée aux médicaments contre le varroa autorisés.
Pourquoi l’acide de droguerie est interdit
Le ministère est explicite dans sa réponse de décembre 2025 : l’acide oxalique n’est pas interdit en tant que tel, il est autorisé lorsqu’il entre dans un médicament disposant d’une AMM. Utilisé pur, comme matière première non formulée et non contrôlée, il est interdit. Le ministère ajoute que son efficacité est alors « toute relative », qu’il présente des risques pour l’utilisateur et le consommateur, et qu’un traitement illégal expose à de lourdes sanctions, jusqu’à la destruction des produits de la ruche et des colonies. La présentation de la DGAL de 2022 rappelle que l’usage de produits chimiques à des fins thérapeutiques est interdit, et que le choix d’un médicament pour des raisons économiques ne justifie aucune dérogation.
Où les acheter
Pas d’ordonnance pour ces produits : Api-Bioxal en est exempté depuis mai 2018 dans certaines limites de conditionnement, Oxybee et Varromed figurent parmi les médicaments délivrés sans prescription selon la DGAL, et la base européenne classe Calistrip Biox et la notice française de Varroxal comme non soumis à prescription. La délivrance reste réservée aux ayants droit : pharmacie, vétérinaire pour sa clientèle, groupement agréé pour les adhérents de son programme sanitaire d’élevage (PSE), souvent votre GDSA.
Quand traiter à l’acide oxalique ?
L’acide oxalique ne se pose pas à date fixe : il se pose quand la colonie est sans couvain. Trois situations s’y prêtent.
Le traitement d’hiver, pendant l’arrêt de ponte
C’est l’usage le plus courant. En fin d’automne, la reine ralentit puis arrête sa ponte ; trois semaines plus tard, tout le couvain d’ouvrières est né et tous les varroas sont sur les abeilles. GDS France présente ce traitement d’hiver comme le complément des traitements de fin d’été, et non comme un traitement principal.
En plaine, cette fenêtre tombe souvent entre fin novembre et début janvier, mais elle dépend de la latitude, de l’altitude, de la race d’abeille et de l’année. Réussir Apiculture souligne que le changement climatique raccourcit, voire supprime, ces périodes hors couvain, et qu’il devient difficile de trouver un moment où toutes les colonies d’un rucher sont sans couvain en même temps. Un traitement « au 15 décembre par principe » ne vaut donc rien sans vérification.
Après un encagement de reine ou un retrait de couvain
En été, on crée artificiellement l’absence de couvain. Selon la fiche de GDS France sur l’encagement, la reine reste en cage 21 jours s’il n’y a pas de couvain de mâles, 24 jours s’il y en a, puis on traite à la libération. La fiche situe l’encagement fin juin dans le nord de la France, vers fin juillet dans le sud, et demande de laisser au moins trois générations d’abeilles, soit environ deux mois, entre la libération et l’hiver. La FRGDS Occitanie retient, pour Api-Bioxal, au moins 25 jours d’encagement. Notre page sur l’élevage de reines aide à préparer des reines de remplacement, l’encagement n’étant pas sans risque.
Sur un essaim nu
Un essaim naturel, un essaim artificiel sans cadre de couvain ou un paquet d’abeilles n’a pas encore de couvain operculé : c’est le moment idéal. La fiche Api-Bioxal de GDS France cite explicitement les essaims parmi les indications, et la notice Varroxal ajoute qu’un traitement d’été sur essaim doit être suivi d’un traitement d’automne, d’hiver ou de printemps.
Comment vérifier l’absence de couvain
Choisissez une journée calme, sans vent, vers 8 à 10 °C, la plage que GDS France conseille aussi pour le dégouttement d’hiver parce que les abeilles restent en grappe. Sur deux ou trois colonies témoins du rucher, de force moyenne et à reine jeune (les plus susceptibles de pondre encore), soulevez le couvre-cadres, enfumez légèrement, puis sortez un ou deux cadres au centre de la grappe. Cherchez une plaque operculée, même de la taille d’une paume. Pas de couvain sur les témoins : traitez l’ensemble du rucher dans les jours qui suivent. Une petite plaque operculée : attendez une à deux semaines et recommencez, ou détruisez ce couvain résiduel avant de traiter. Réussir Apiculture insiste alors pour détruire l’ensemble du couvain, même les plus jeunes stades, car les larves âgées sur le point d’être operculées peuvent déjà abriter des varroas.
Pour décider si un traitement d’hiver est nécessaire, posez un lange graissé en octobre et novembre : au-delà de 1 varroa de chute naturelle par jour à cette période, GDS France classe l’infestation comme élevée. Le détail des seuils figure sur notre page varroa.
Dégouttement : quelle dose d’acide oxalique par ruche ?
Le dégouttement consiste à verser la solution sucrée, en filet, directement sur les abeilles serrées dans chaque ruelle. Les abeilles se la répartissent par contact et par échanges de nourriture.
La règle commune : 5 ml par ruelle occupée
Une ruelle est l’espace entre deux cadres. Seules comptent les ruelles occupées par les abeilles au moment du traitement, vues du dessus. Voici ce que cela donne en ruche Dadant, à 5 ml par ruelle :
| Force de la colonie vue du dessus | Ruelles occupées | Volume à verser | Remarque |
|---|---|---|---|
| Ruchette ou petit essaim | 3 | 15 ml | 3 à 4 ml par ruelle sur petits cadres (Varroxal) |
| Colonie faible | 4 à 5 | 20 à 25 ml | à réunir si possible avant l’hiver |
| Colonie moyenne | 6 à 7 | 30 à 35 ml | cas le plus fréquent en hiver |
| Colonie forte | 8 à 9 | 40 à 45 ml | |
| Colonie très forte | 10 | 50 ml | plafond Api-Bioxal ; Oxybee : 54 ml au plus |
Ces volumes découlent des notices : 5 ml par ruelle et 50 ml au plus pour Api-Bioxal selon la FRGDS Occitanie, 5 à 6 ml par ruelle et 54 ml au plus pour Oxybee, en réduisant la dose par ruelle s’il le faut pour rester sous ce plafond. La notice Varroxal raisonne en surface de rayon (0,25 ml par dm² de face de cadre) et donne 5 à 6 ml par ruelle pour les grands cadres type Dadant, 3 à 4 ml pour les petits cadres (DNM, National, Zander). En ruche à deux corps, elle demande de traiter d’abord le corps inférieur, puis le supérieur.
Préparer l’Api-Bioxal
La notice française en vigueur d’Api-Bioxal 0,71 g/g, publiée dans la base européenne UPD, donne la préparation :
- Préparez un sirop de saccharose 1:1 (1 kg de sucre pour 1 litre d’eau, soit environ 60 % poids/volume).
- Dissolvez tout le sachet dans le volume de sirop correspondant : 31 g dans 500 ml (environ 10 ruches), 156 g dans 2,5 litres (environ 50 ruches), 312 g dans 5 litres (environ 100 ruches).
- La solution obtenue titre 4,4 % (poids/volume) d’acide oxalique, soit environ 62 g d’acide oxalique dihydraté par litre. Elle se conserve 24 heures au plus.
- Appliquez-la tiède, à 30-35 °C selon la FRGDS Occitanie. GDS France conseille de la transporter au rucher dans une glacière avec des bouillottes vers 30 °C.
Cette formule remplace, sous la même AMM, l’ancienne Api-Bioxal 632,7 mg/g : 886 mg de dihydrate par gramme, sachets de 35, 175 et 350 g dans les mêmes volumes de sirop, solution à 4,2 %, 2,3 g en sublimation, selon la fiche de GDS France de 2019 et le RCP du 29 novembre 2024. Le RCP français a été mis à jour le 13 novembre 2025 et l’ANMV ne recense plus que les sachets de 31, 156 et 312 g. Les deux formules ne coexistent donc plus au catalogue, mais des boîtes anciennes peuvent rester en stock : chaque taille de sachet va avec sa formule, suivez toujours la notice de la boîte que vous avez en main. Des recommandations plus faibles, de 35 à 40 g par litre, ont circulé selon GDS France ; seule la notice, ou la prescription de votre vétérinaire, fait foi. Ne jetez jamais le reste dans la nature.
Préparer l’Oxybee
Oxybee se livre en deux parties à mélanger : un flacon et un sachet de poudre. Selon GDS France, le flacon de 375 g et un sachet de 125 g donnent 444 ml de dispersion, le flacon de 750 g et deux sachets 888 ml, soit de quoi traiter environ 8 ou 16 colonies au plafond de 54 ml. La FRGDS Occitanie demande de tiédir la dispersion à 30-35 °C et de traiter par une température extérieure d’au moins 3 °C.
Préparer le Varroxal en dégouttement
La notice Varroxal distingue deux concentrations : 8 cuillères-mesures dans 200 ml de sirop 1:1 pour l’hiver en Europe du Nord et centrale (solution à 4 % d’acide oxalique dihydraté), 12 cuillères-mesures pour l’hiver en Europe du Sud et pour l’été partout (solution à 6 %). Chaque préparation traite quatre colonies et s’utilise immédiatement. La notice ne range pas la France dans l’une ou l’autre zone : pour un rucher méditerranéen, demandez l’avis de votre GDS ou de votre vétérinaire.
Le geste au rucher
- Préparez tout avant d’ouvrir : seringue graduée de 50 ou 60 ml, ou doseur automatique, solution tiède, enfumoir, lève-cadres, EPI.
- Ouvrez, comptez les ruelles occupées et calculez le volume total.
- Versez lentement 5 ml par ruelle, en filet le long de la grappe, sur les abeilles et non sur le bois ni sur les rayons vides.
- Refermez aussitôt. L’opération dure moins d’une minute par ruche.
- Notez au registre la date, le produit, le numéro de lot, le volume et les colonies traitées.
Une seule fois par hiver
C’est la limite la plus importante du dégouttement. Selon la notice d’Api-Bioxal et la FRGDS Occitanie, le dégouttement s’utilise au plus deux fois par an (hiver et printemps ou été, hors couvain), et GDS France précise jamais plus d’un traitement dans le même hiver ; Oxybee s’applique une seule fois. La notice Varroxal classe la hausse de mortalité des abeilles après dégouttement ou pulvérisation comme un effet indésirable très fréquent (plus d’une colonie sur dix) et signale un affaiblissement possible des colonies au printemps. La fiche encagement de GDS France déconseille aussi deux dégouttements successifs.
Sublimation de l’acide oxalique : protocole et précautions
La sublimation, que les notices appellent aussi évaporation, consiste à chauffer la poudre dans un sublimateur glissé par l’entrée. L’acide passe à l’état de vapeur, puis se redépose en fins cristaux sur les abeilles et les parois. Selon l’INRS, l’acide oxalique dihydraté commence à se décomposer vers 101,5 °C et se sublime à 150 °C.
Doses et nombre d’applications
| Médicament | Dose par colonie | Nombre d’applications | Conditions |
|---|---|---|---|
| Api-Bioxal 0,71 g/g | 2 g dans le réservoir (2,3 g pour l’ancienne formule) | une sublimation par an au plus | hors couvain, sans hausse, ruche fermée 15 minutes après le traitement |
| Varroxal 0,71 g/g | 2 cuillères-mesures, soit 2 g | une application en automne ou en hiver ; une seconde après 2 semaines seulement si l’infestation résiduelle dépasse 6 % ou s’il reste des plaques de couvain operculé | de 2 à 10 °C, abeilles ne volant pas |
Ces données viennent des notices françaises d’Api-Bioxal et de Varroxal publiées dans la base UPD, de la fiche de GDS France et de la FRGDS Occitanie. En France, suivez toujours la notice française de la boîte : les notices d’autres pays peuvent prévoir d’autres doses. Oxybee, Varromed et Calistrip Biox ne se subliment pas.
Ce que disent les essais
L’étude de Hasan Al Toufailia et Francis Ratnieks (université du Sussex, Journal of Apicultural Research, 2015) a comparé dégouttement, pulvérisation et sublimation sur des colonies hivernées sans couvain. Une sublimation de 2,25 g a tué environ 97 % des varroas, sans effet nuisible sur l’hivernage ; au printemps, les colonies sublimées avaient environ 20 % de couvain en plus que les colonies traitées par dégouttement ou pulvérisation. Les auteurs ont aussi constaté que la dose exacte comptait peu : 1,125 g et 4,5 g fonctionnaient également.
Le point qui fait la différence est la fermeture de la ruche. À l’automne 2022, l’ADA Aura a sublimé 32 colonies sans couvain, 16 fermées (plateau plein et mousse à l’entrée) et 16 sur plancher grillagé ouvert. Une semaine après, les ruches fermées avaient déjà perdu 83 % des varroas comptés sur 28 jours, contre 37 % pour les ruches ouvertes, rapporte Réussir Apiculture. Dans la même enquête en Auvergne-Rhône-Alpes, un tiers des apiculteurs déclaraient ne pas fermer leurs ruches pendant la sublimation.
Le protocole pas à pas
- Préparez la ruche : glissez le tiroir ou une plaque sous le plancher grillagé, prévoyez une mousse ou un chiffon pour boucher l’entrée et les éventuelles autres ouvertures. L’ADA Aura conseille d’enfumer franchement pour que les abeilles se regroupent en grappe, avec une température idéale autour de 10 °C.
- Chargez le sublimateur à froid : 2 g d’Api-Bioxal ou de Varroxal (2,3 g pour l’ancienne formule d’Api-Bioxal), cuillère arasée sans tasser.
- Introduisez-le par l’entrée, sous la grappe, sans toucher les cadres, puis bouchez l’entrée. L’université du Sussex insiste pour que le sublimateur soit dans la ruche avant que l’acide commence à se sublimer.
- Chauffez selon la notice de l’appareil : pour un modèle à résistance sur batterie 12 V, GDS France donne environ 3 minutes de chauffe.
- Laissez fermé : 15 minutes supplémentaires selon la notice d’Api-Bioxal et GDS France, 10 à 15 minutes selon le protocole du Sussex.
- Retirez et refroidissez l’appareil avant de le recharger. Nettoyez la coupelle : la poudre Api-Bioxal a tendance à caraméliser.
- Rouvrez l’entrée et passez à la ruche suivante, toujours dos au vent.
Dégouttement ou sublimation : le comparatif
| Critère | Dégouttement | Sublimation |
|---|---|---|
| Produits | Api-Bioxal, Oxybee, Varroxal, Varromed | Api-Bioxal, Varroxal |
| Matériel | seringue graduée | sublimateur, batterie, mousse d’obturation |
| Ouverture de la ruche | oui, couvre-cadres retiré | non |
| Temps par ruche | moins d’une minute | 15 à 20 minutes, mais plusieurs ruches en parallèle avec plusieurs appareils |
| Répétition dans l’hiver | non | une seconde application possible avec Varroxal, sous conditions |
| Tolérance pour les abeilles | mortalité accrue possible | meilleure dans l’étude du Sussex |
| Protection respiratoire | FFP2 au minimum | FFP3 |
Quels EPI pour l’acide oxalique ?
L’acide oxalique est corrosif. L’INRS, dans sa fiche toxicologique n° 110, le classe nocif en cas d’ingestion et par contact cutané, et décrit des effets corrosifs sur la peau, les yeux, le tube digestif et les muqueuses respiratoires ; après ingestion, il provoque une hypocalcémie et une insuffisance rénale. La valeur limite d’exposition professionnelle indicative française est de 1 mg/m³ sur 8 heures : une quantité infime de poussière ou de vapeur suffit à l’atteindre.
| Opération | Mains et corps | Yeux | Voies respiratoires |
|---|---|---|---|
| Préparation de la solution | gants résistants aux acides (nitrile), manches longues | lunettes de sécurité EN 166 | FFP2, en extérieur ou local ventilé |
| Dégouttement | gants nitrile, vêtements couvrants | lunettes de sécurité | FFP2 au minimum |
| Sublimation | gants résistants aux acides, combinaison jetable possible | lunettes de sécurité étanches | FFP3 (FFP3 SL selon GDS France) |
Ce tableau réunit les recommandations des notices et de GDS France. La notice d’Api-Bioxal demande un masque FFP2 (norme EN 149), des gants et des lunettes ; GDS France recommande un FFP3 SL pour la sublimation ; la notice Varroxal exige un FFP3 pour l’évaporation et la pulvérisation, un FFP2 au minimum pour le dégouttement. La notice Varroxal ajoute : ne pas manger, boire ni fumer, appliquer dos au vent, éloigner les personnes non protégées, se laver les mains après.
En cas d’accident, l’INRS indique de rincer la peau ou les yeux à l’eau pendant au moins 15 minutes, de consulter un ophtalmologiste après une projection oculaire, et de ne jamais faire vomir en cas d’ingestion. Gardez une bouteille d’eau propre dans le véhicule et la notice du produit pour la montrer au médecin.
Varromed et Calistrip Biox : les cas particuliers
Varromed, l’oxalique associé à l’acide formique
Varromed associe 44 mg/ml d’acide oxalique dihydraté et 5 mg/ml d’acide formique, dans une solution prête à l’emploi de 555 ml. Contrairement aux autres produits, il prévoit des applications répétées : la fiche de GDS France (2021) donne 5 ml par ruelle occupée, soit 25 à 45 ml par ruche selon la force, avec 6 jours d’intervalle entre deux passages, 3 à 5 passages en traitement d’été et un seul passage en hiver, produit tiédi. Elle demande un comptage une semaine après chaque passage pour décider du suivant, et déconseille de traiter sous 15 °C lors des passages d’été et d’intersaison. C’est le seul produit oxalique à prévoir des passages répétés en saison : entre deux miellées, GDS France recommande au moins 2 à 3 passages consécutifs pour couvrir un cycle complet de couvain.
Calistrip Biox, l’oxalique à diffusion lente
Calistrip Biox, autorisé en France le 22 novembre 2024 (AMM FR/V/3764272 3/2024, Laboratorios Calier), contient 6,44 g d’acide oxalique dihydraté par ruban. Le GDSA du Jura indique 2 lanières par ruche pendant 6 semaines. Sa durée d’action plus longue, soulignée par le ministère, le distingue des applications ponctuelles par dégouttement ou sublimation : lisez attentivement sa notice, qui seule précise les conditions d’emploi en présence de couvain. Le recul de terrain reste limité : selon Réussir Apiculture, des essais menés en 2025-2026 dans la suite des travaux sur les méthodes biotechniques testent Calistrip Biox, avec des résultats attendus pour l’hiver 2026-2027.
Comment intégrer l’acide oxalique dans votre stratégie varroa ?
L’acide oxalique est rarement un traitement unique. Il complète un traitement d’été ou une méthode biotechnique.
Le schéma classique : traitement d’été puis oxalique d’hiver
C’est l’itinéraire le plus répandu : traitement principal dès la dernière récolte, avant le 15 septembre, puis acide oxalique en hiver si les comptages d’automne le justifient. Notre calendrier apicole et notre guide d’hivernage des ruches replacent ce geste dans les travaux de fin de saison.
Alterner les familles de molécules d’une année sur l’autre limite la sélection de varroas résistants. Utiliser un acide organique en complément ou en remplacement d’un traitement de synthèse est l’une des façons d’y parvenir, ce que détaille notre page sur la résistance du varroa à l’amitraze.
Le schéma biotechnique : encagement puis oxalique
L’essai pilote de l’Adapi en région Sud, publié par Réussir Apiculture en juin 2026, en donne la mesure. À l’été 2024, après la lavande, 21 colonies ont eu leur reine encagée 28 jours en cage chinoise, contre 22 colonies traitées à l’Apivar. Les encagées ont reçu deux traitements « flash » après la libération : Api-Bioxal en dégouttement à la libération, puis Varroxal en sublimation trois jours plus tard. Neuf semaines après, elles comptaient 0,32 varroa phorétique pour 100 abeilles, contre 1,9 pour le lot Apivar, pour environ 50 % de temps de travail en plus (10 h 30 contre 6 h 40). Toutes les reines encagées étaient vivantes à la libération.
L’encagement d’hiver se développe aussi : Réussir Apiculture décrit des cages (chinoise, Scalvini, Menna) qui créent une rupture de ponte quand l’arrêt naturel ne vient pas, avec un risque accru de perte chez les vieilles reines.
Contrôler l’efficacité
Après un dégouttement, la chute de varroas dure environ trois semaines selon la notice Varroxal, deux semaines après une pulvérisation. Comptez les varroas tombés sur un lange graissé tous les deux ou trois jours : une chute forte puis quasi nulle signale un traitement réussi, une chute qui reste élevée du couvain résiduel ou une réinfestation. Si vous suspectez une inefficacité, signalez-la à votre vétérinaire ou à votre GDS, qui transmettront en pharmacovigilance vétérinaire.
Quelles erreurs éviter avec l’acide oxalique ?
- Traiter avec du couvain operculé : l’efficacité tombe sous 50 %, et vous aurez exposé les abeilles à l’acide pour un résultat médiocre.
- Répéter le dégouttement dans le même hiver : la mortalité d’abeilles augmente et la colonie risque d’arriver affaiblie au printemps.
- Dépasser le plafond par ruche : 50 ml pour Api-Bioxal, 54 ml pour Oxybee. Une colonie faible ne doit pas recevoir la dose d’une forte.
- Verser une solution froide sur une grappe d’hiver : respectez les 30 à 35 °C demandés.
- Sublimer ruche ouverte : l’essai de l’ADA Aura divise l’efficacité de la première semaine par plus de deux.
- Sublimer sans masque FFP3, face au vent ou au milieu d’un groupe : le nuage est irritant et corrosif.
- Traiter avec les hausses en place ou pendant une miellée : les notices l’interdisent.
- Utiliser de l’acide de droguerie : c’est interdit, quelle que soit la pureté affichée.
- Traiter une partie seulement du rucher : traitez toutes les colonies d’un même rucher le même jour, sinon les colonies non traitées réinfestent les autres par dérive et pillage.
Que dit la réglementation sur le traitement à l’acide oxalique ?
Médicaments AMM et registre d’élevage
L’article L. 5141-5 du Code de la santé publique, rappelé par la DGAL, interdit la mise sur le marché d’un médicament vétérinaire sans AMM préalable. Tout traitement doit être inscrit au registre d’élevage, obligatoire pour tout détenteur d’animaux en vertu de l’article L. 234-1 du Code rural et de la pêche maritime, dont le contenu est fixé par l’arrêté du 5 juin 2000, comme le rappelle la DDETSPP de l’Yonne. Le registre doit être conservé au moins 5 ans. Notez pour chaque traitement le produit, le numéro de lot, la date, la dose et les colonies traitées, et gardez le justificatif d’achat. Notre registre d’élevage en ligne permet de le tenir ruche par ruche, et notre page sur la déclaration de ruches rappelle l’autre obligation annuelle.
Résidus dans le miel
Le règlement (UE) n° 37/2010 classe l’acide oxalique, pour l’abeille, parmi les substances autorisées pour lesquelles aucune limite maximale de résidus n’est requise. Le miel en contient naturellement : les analyses suisses de Bogdanov et de ses collègues (Apidologie, 2002) ont mesuré 11 à 119 mg/kg dans des miels de colonies non traitées, et des teneurs inchangées après des traitements d’automne, y compris deux traitements successifs. Cela ne lève pas l’interdiction de traiter avec des hausses : elle vise aussi la tolérance des abeilles en pleine miellée.
Questions fréquentes
Quelle dose d'acide oxalique par ruche en dégouttement ?
Comptez 5 ml de solution par ruelle occupée par les abeilles, versés en une fois sur la grappe. Selon les fiches de GDS France et de la FRGDS Occitanie, le plafond est de 50 ml par ruche pour Api-Bioxal et de 54 ml pour Oxybee. Une colonie hivernée sur six ruelles reçoit donc environ 30 ml.
Quand faire le traitement à l'acide oxalique en hiver ?
Quand la colonie n'a plus de couvain operculé, le plus souvent entre fin novembre et début janvier en plaine, selon le climat et l'année. Vérifiez-le sur deux ou trois colonies témoins. Les notices demandent une température extérieure d'au moins 3 °C pour Oxybee, de 2 à 10 °C pour la sublimation de Varroxal.
Peut-on utiliser de l'acide oxalique acheté en droguerie ?
Non. Seuls les médicaments vétérinaires disposant d'une AMM en France sont autorisés. Dans sa réponse publiée le 2 décembre 2025, le ministère de l'Agriculture rappelle que l'acide oxalique pur utilisé comme matière première est interdit, et qu'un traitement illégal peut conduire à la destruction des produits de la ruche et des colonies.
Dégouttement ou sublimation : quelle méthode choisir ?
Les deux sont efficaces hors couvain. La sublimation demande un sublimateur et un masque FFP3, mais l'étude de l'université du Sussex a mesuré moins de mortalité d'abeilles et plus de couvain au printemps qu'avec le dégouttement. Le dégouttement est rapide, sans appareil, mais ne doit pas être répété dans le même hiver.
Peut-on traiter à l'acide oxalique avec du couvain ?
On peut, mais l'efficacité chute fortement, car l'acide n'atteint pas les varroas enfermés dans les cellules operculées. GDS France l'estime alors à moins de 50 %, contre 95 à 99 % hors couvain selon la DGAL. Mieux vaut attendre l'arrêt de ponte, encager la reine ou retirer le couvain avant de traiter.
Faut-il une ordonnance pour acheter de l'Api-Bioxal ?
Non. Api-Bioxal est exempté de prescription depuis mai 2018, et Oxybee, Varromed, Varroxal et Calistrip Biox sont aussi délivrés sans ordonnance en France. Ils restent des médicaments vétérinaires : on les achète en pharmacie, chez un vétérinaire ou auprès d'un groupement agréé pour ses adhérents, et on note chaque traitement au registre d'élevage.
Combien de temps fermer la ruche après la sublimation ?
La notice d'Api-Bioxal demande 15 minutes de ruche fermée après le traitement, après environ 3 minutes de chauffe selon GDS France. Le protocole du Sussex bouche l'entrée 10 à 15 minutes. Un essai de l'ADA Aura a montré que les ruches fermées perdaient en une semaine 83 % de leurs varroas, contre 37 % ouvertes.
L'acide oxalique laisse-t-il des résidus dans le miel ?
Le miel contient naturellement de l'acide oxalique : de 11 à 119 mg/kg dans les miels de colonies non traitées analysés par Bogdanov et ses collègues en Suisse, sans hausse après des traitements d'automne. Le règlement européen 37/2010 n'exige aucune limite maximale de résidus. Ne traitez cependant jamais avec des hausses posées.
Sources
- API Bioxal, fiche technique (juin 2019), GDS France
- Oxybee, fiche technique (février 2021), GDS France
- Varromed, fiche technique (2021), GDS France
- Encagement de la reine (fiche technique), GDS France
- Les médicaments contre le varroa (2018), FRGDS Occitanie
- Rappels sur l'usage des médicaments vétérinaires en apiculture (réunion régionale, décembre 2022), DGAL / ANMV, DRAAF Occitanie
- Question écrite n° 113 sur l'usage de l'acide oxalique en apiculture et réponse du ministère (JO du 2 décembre 2025), Assemblée nationale
- CALISTRIP BIOX 6,44 g ruban pour ruche : autorisation française FR/V/3764272 3/2024, Union Product Database (EMA et autorités nationales)
- Varroxal 0,71 g/g poudre pour ruche : autorisation française FR/V/4010336 7/2023, RCP et notice, Union Product Database (EMA et autorités nationales)
- Api-Bioxal 0,71 g/g poudre pour ruche : autorisation française FR/V/1748622 6/2015, RCP et notice, Union Product Database (EMA et autorités nationales)
- RCP Api-Bioxal 0,71 g/g poudre pour ruche (mise à jour du 13 novembre 2025), Anses-ANMV, index des RCP
- Dany's BienenWohl, autorisation européenne (EPAR), Agence européenne des médicaments
- Les activités apicoles : informations à l'attention des apiculteurs (registre d'élevage, déclaration), DDETSPP de l'Yonne
- Liste des traitements avec AMM (mise à jour 2025-2026), GDSA du Jura
- Règlement (UE) n° 37/2010 relatif aux substances pharmacologiquement actives et à leur classification en ce qui concerne les limites maximales de résidus, Commission européenne (copie ANSES)
- Determination of residues in honey after treatments with formic and oxalic acid under field conditions (Bogdanov et al., Apidologie 33, 2002), Apidologie (INRAE / DIB / Springer)
- Traitement par sublimation à l'acide oxalique (dépliant d'après Al Toufailia, Scandian et Ratnieks, Journal of Apicultural Research, 2015), Université du Sussex, LASI
- Sublimer oui, mais ruches fermées (essai ADA Aura, 2023), Réussir Apiculture
- La lutte biotechnique contre varroa : efficacité et coûts (juin 2026), Réussir Apiculture
- Les méthodes populationnelles pour mieux traiter le varroa, Réussir Apiculture
- Acide oxalique, fiche toxicologique synthétique FT 110 (2016), INRS

