

Réunir deux ruches : la méthode du papier journal et les erreurs à éviter
Réunir deux ruches avec la méthode du papier journal : quand le faire, quelle reine garder, quelles colonies ne jamais réunir et comment vérifier la réussite.
Pour réunir deux ruches, posez le corps de la colonie faible, débarrassé de sa reine, au-dessus du corps de la colonie forte, en séparant les deux par une feuille de papier journal percée de quelques fentes. En un à deux jours, les abeilles rongent le papier et mêlent leurs odeurs sans se battre ; une semaine plus tard, vous regroupez les cadres dans un seul corps. La réunion se fait le soir, entre colonies saines, de préférence en fin d’été après le traitement contre le varroa et avant le nourrissement. Elle ne sauve jamais une colonie malade, et deux colonies faibles réunies ne font pas une colonie forte.
Ce guide reprend le geste pas à pas, avec l’arbre de décision qui précède : réunir, hiverner seule ou éliminer. Le calendrier apicole situe la réunion des colonies faibles dans l’année ; ici, on entre dans le détail de l’opération.
Pourquoi réunir deux ruches plutôt que de les hiverner séparément ?
Une colonie trop petite passe mal l’hiver, même bien nourrie. Elle ne produit pas assez de chaleur, sa grappe peine à suivre ses réserves dans la ruche et, au printemps, elle n’a pas assez de nourrices pour élever le couvain qui la relancerait. La réunion transforme deux colonies incertaines, ou une colonie forte et une colonie condamnée, en une colonie solide.
Ce que disent les données sur la taille des colonies
L’équipe de Mehmet Döke et Christina Grozinger, à l’université d’État de Pennsylvanie, a suivi 60 colonies de quatre souches d’origines différentes, sur trois ruchers (Journal of Economic Entomology, 2019). L’origine géographique des reines n’a eu aucun effet sur la survie hivernale. Ce qui la prédisait, c’était le poids de la colonie et le nombre d’ouvrières en octobre. Selon le résumé publié par l’Entomological Society of America, les colonies de moins de 20 kg survivaient mal, celles de plus de 30 kg à environ 94 %. Les auteurs y voient un effet Allee : en dessous d’une population minimale, la colonie ne s’en sort pas.
Les guides de vulgarisation chiffrent ce minimum, avec des valeurs issues de climats plus rudes que la plupart des régions françaises :
| Source | Climat de référence | Repère |
|---|---|---|
| University of Florida, IFAS (Ellis et Hammons, 2022) | Nord des États-Unis | 25 000 à 30 000 abeilles conviennent ; moins de 15 000 survivent rarement à un hiver de gel, mieux à un hiver doux |
| Perennia (2016) | Canada atlantique | Au moins 7 à 8 cadres d’abeilles en Langstroth ; moins de 7 ne suffit probablement pas |
| National Bee Unit (2018) | Royaume-Uni, contrôle de printemps | Moins de 5 cadres d’abeilles : quelque chose ne va pas |
Sous les hivers plus courts de la plupart des régions françaises, des colonies plus petites passent couramment l’hiver en Dadant 10 cadres. Notre repère, pour une plaine océanique ou continentale : une colonie qui couvre moins de cinq inter-cadres fin septembre, ou trois à quatre en octobre, doit être réunie. En montagne, relevez ce seuil d’un ou deux inter-cadres.
Les autres raisons de réunir
- Une colonie orpheline à l’automne. Sans mâles pour féconder une reine vierge, elle ne remplacera pas sa reine avant le printemps. Elle s’éteindra en hiver si vous ne faites rien.
- Une colonie dont la reine est défaillante : couvain en mosaïque, ponte de mâles en cellules d’ouvrières, reine âgée. La réunir à une colonie qui a une bonne reine revient à la remplacer.
- Le changement de reine par réunion. Matthieu Guichard, d’apiservice et d’Agroscope, écrit dans la Revue suisse d’apiculture (mai 2023) que remplacer les reines en réunissant de jeunes colonies à des colonies de production, après avoir retiré l’ancienne reine et avant l’hivernage, donne souvent les meilleurs résultats d’acceptation. En France, l’ITSAP-Institut de l’abeille relève dans son enquête sur le renouvellement des reines (2018) qu’une partie des apiculteurs remère ainsi, en réunissant la colonie à remérer avec un essaim de l’année.
- Au printemps, une colonie restée trop faible n’atteindra pas la miellée. La fiche suisse de l’association Alpes Apiculture lui laisse jusqu’au 1er mai pour se développer ; au-delà, elle conseille de la réunir.
Réunir, hiverner seule ou éliminer : l’arbre de décision
Avant de réunir, une question passe avant toutes les autres : pourquoi la colonie est-elle faible ? James Tew, professeur émérite d’entomologie à l’université d’État de l’Ohio, insiste sur ce point dans Bee Culture. Une colonie faible parce qu’elle est un essaim tardif ou qu’elle a perdu sa reine en juillet se réunit sans risque. Une colonie faible parce qu’elle est malade ou rongée par le varroa contaminera celle qui la reçoit.
Suivez les étapes dans l’ordre :
- La colonie montre-t-elle un signe de maladie ? Couvain en mosaïque avec opercules affaissés ou percés, larves de couleur anormale, abeilles aux ailes déformées en nombre, abeilles traînantes ou tremblantes, diarrhée sur les cadres. Oui : ne réunissez pas. Faites établir un diagnostic ; en cas de suspicion de loque américaine, maladie réglementée, la déclaration à la DDPP ou DDETSPP de votre département est obligatoire (voir notre guide des maladies des abeilles). Le bulletin régional de la santé de l’abeille de Bretagne (n° 7, octobre 2025, GTV, GDS, ADA et DRAAF Bretagne) est net : « les colonies malades et trop faibles doivent être euthanasiées pour éviter toute diffusion de l’agent infectieux », au soufre et le soir, quand les butineuses sont rentrées. Seules « les colonies saines mais faibles (essaims tardifs de l’année par exemple) » peuvent être réunies. Non : passez à l’étape 2.
- L’infestation par le varroa est-elle maîtrisée ? Une colonie qui s’effondre en août ou septembre avec beaucoup d’abeilles aux ailes déformées est souvent en varroose avancée : c’est une colonie malade au sens du bulletin breton, à euthanasier et non à réunir. Infestation élevée : ne réunissez pas, vous transféreriez les varroas et les virus à la colonie forte. Traitement fait, chute contrôlée : étape 3.
- La colonie a-t-elle une reine qui pond correctement ? Non, ou reine défaillante : réunissez. Oui : étape 4.
- La colonie couvre-t-elle assez de cadres pour hiverner dans votre climat ? Oui : hivernez-la seule, en resserrant le volume avec une partition. Non : réunissez-la à une colonie de force moyenne ou bonne.
- Avez-vous une colonie receveuse saine ? Non, si toutes vos colonies sont faibles : ne réunissez pas deux colonies faibles entre elles. Hivernez-les en ruchette, au chaud, en acceptant le risque, ou rachetez une colonie au printemps.
Le livret « Mieux savoir » du ministère de l’Agriculture range la réunion parmi les opérations (constitution d’essaims, renforcement, équilibrage) qui exigent de s’assurer de la bonne santé des colonies, et juge ce contrôle « impératif avant tout transfert de matériel entre colonies ». Il rappelle aussi qu’il est préférable de sacrifier les colonies très faibles plutôt que de tenter une opération au résultat incertain.
Le cas de la ruche bourdonneuse
Une colonie orpheline depuis plusieurs semaines finit par développer des ouvrières pondeuses : des œufs posés de travers, plusieurs par cellule, sur les parois, et un couvain de mâles en cellules d’ouvrières. D’après le programme apicole de l’université de Géorgie, ces colonies acceptent rarement une nouvelle reine. La fiche suisse d’Alpes Apiculture exclut aussi la ruche bourdonneuse de la réunion simple, et James Tew souligne qu’on reporte alors sur la colonie forte un problème qu’elle doit absorber à ses dépens. Le diagnostic et les solutions (cadre de couvain test, secouage devant la ruche) sont détaillés dans notre guide de la ruche bourdonneuse.
Pourquoi les abeilles de deux colonies se battent-elles ?
Chaque colonie a son odeur. À l’entrée, des gardiennes contrôlent les abeilles qui arrivent et reconnaissent leurs sœurs à leur odeur, portée en grande partie par les hydrocarbures de la cuticule, la couche cireuse qui recouvre le corps de l’abeille. Une abeille dont l’odeur ne correspond pas au modèle de la colonie est attaquée.
Ce modèle d’odeur vient en grande partie des rayons. Breed, Williams et Fewell (université du Colorado, PNAS, 1988) ont montré que la cire des rayons sert de relais aux signaux de reconnaissance. Couvillon et ses collègues (Biology Letters, 2007) l’ont confirmé : après le transfert de rayons d’une ruche donneuse vers une ruche receveuse, les gardiennes de la ruche receveuse rejetaient moins les abeilles de la donneuse, 47 % au lieu de 70 %. L’effet ne jouait que dans un sens. C’est le modèle des gardiennes qui avait changé, pas l’odeur des visiteuses.
Toutes les méthodes de réunion reposent sur ce mécanisme : elles laissent aux deux colonies le temps de partager une même odeur, par le papier qui ralentit le contact, ou la masquent, par la fumée, le sirop ou un parfum, avant que les gardiennes ne réagissent.
Quand réunir deux ruches : les bonnes périodes
| Période | Situation type | Conditions |
|---|---|---|
| Fin août à septembre (plaine) | Colonie faible, essaim tardif, colonie orpheline | Après le traitement varroa, avant le nourrissement de réserve |
| Octobre (plaine), septembre (montagne) | Dernière réunion possible | Abeilles encore en vol, journées au-dessus de 12 °C environ |
| Mars à avril | Colonie orpheline en sortie d’hiver, colonie restée sur 2 ou 3 cadres | Mâles rares ou absents ; vérifier l’absence de maladie |
| Mai à juillet | Remplacement de reine par une ruchette, colonie bourdonneuse (avec précautions) | Hors miellée de préférence, risque de pillage en disette |
La fiche suisse d’Alpes Apiculture situe la réunion d’automne avant le nourrissement et après le premier traitement contre le varroa. C’est logique : vous traitez des colonies séparées, dont vous connaissez la chute de varroas, puis vous ne nourrissez qu’une seule colonie, déjà regroupée, à la quantité qui convient à sa taille. Réunir après le nourrissement oblige à retirer ou à redistribuer des cadres pleins.
James Tew conseille de réunir quand aucune grande miellée ni rentrée de pollen n’est en cours. Pendant une miellée, une colonie faible peut encore se développer, et la réunion désorganise le butinage. En disette, en revanche, deux ruches ouvertes attirent les pillardes. Travaillez vite, en fin de journée, entrées réduites, et lisez notre guide sur le pillage d’une ruche si l’agitation monte.
La limite haute de l’automne est notre lecture pratique, pas une règle publiée : tant que les abeilles volent, elles mêlent leurs odeurs et rongent le papier. Quand la grappe se forme pour de bon, ouvrir les deux ruches la disperse et la refroidit.
La méthode du papier journal pas à pas
C’est la méthode la plus sûre, parce que les abeilles se rencontrent progressivement, à travers les trous qu’elles agrandissent elles-mêmes.
Le matériel
- une feuille de papier journal ordinaire, non glacée (un papier sulfurisé percé convient aussi, selon la fiche suisse) ;
- un lève-cadres ou un cutter pour percer quelques fentes ;
- un enfumoir bien allumé ;
- deux ou trois cales ou pierres pour lester la feuille s’il y a du vent ;
- un corps vide si les deux ruches ne sont pas au même format ;
- une cage à reine, si vous voulez garder la reine écartée quelques jours.
Étape 1 : préparer les deux colonies (quelques jours avant)
Rapprochez les deux ruches. Les butineuses retournent à l’emplacement qu’elles connaissent : si vous déplacez une ruche de plusieurs mètres dans le même rucher, elles reviendront tourner devant l’ancien emplacement. La fiche suisse conseille, si les deux colonies sont dans le même rucher, de confiner la colonie faible 48 heures ou de l’éloigner à 3 km pendant 48 heures avant de la placer à côté de la colonie receveuse. Autre solution, plus lente : rapprochez-la de 50 cm à 1 m par jour de vol.
Si les deux colonies viennent de ruchers distants de plusieurs kilomètres, posez directement la colonie faible à côté de la forte : ses butineuses s’orienteront sur le nouvel emplacement.
Étape 2 : retirer la reine que vous ne gardez pas
Faites-le l’après-midi même, ou au plus tôt la veille. La fiche suisse recommande de ne pas laisser la colonie orpheline sans reine plus de 15 minutes avant la réunion, et de déconseiller l’encagement préalable de la reine à éliminer. Profitez de l’ouverture pour marquer d’une punaise les cadres de couvain des deux ruches et repérer les cadres de réserves.
Certains apiculteurs, comme Darryl Gabritsch dans l’American Bee Journal (2020), laissent les abeilles choisir et ne retirent aucune reine. Lui-même reconnaît que les deux reines sont parfois tuées. Nous déconseillons cette pratique à l’automne : une colonie qui perd ses deux reines en octobre n’a aucun recours.
Étape 3 : poser la feuille sur la colonie forte
En fin d’après-midi, quand les butineuses ont presque cessé de voler, enfumez légèrement la colonie receveuse, retirez le toit et le couvre-cadres, et posez une seule feuille de papier journal à plat sur les têtes de cadres. Gabritsch recommande une seule épaisseur ; le guide de Perennia parle de « quelques feuilles ». Plus le papier est épais, plus le mélange est lent : une feuille simple suffit dans la plupart des cas, deux si les colonies sont très agressives ou si l’une d’elles est bourdonneuse.
Percez trois à cinq fentes de 2 à 3 cm, ou quelques trous au clou. Elles amorcent le travail des abeilles et laissent passer l’odeur. Lestez les bords si le vent souffle.
Étape 4 : poser la colonie faible au-dessus
Posez le corps de la colonie faible, sans son plancher, directement sur le papier. Si les formats diffèrent, posez d’abord un corps vide sur le papier et transférez-y les cadres un à un, couvain au centre. Gabritsch place toujours la colonie faible en haut : les butineuses de la colonie forte sortent par l’entrée du bas dans la journée, ce qui limite l’encombrement et les rencontres brutales dans le corps inférieur. La colonie faible, perdue au-dessus, n’a d’autre sortie que de traverser le papier.
Le guide de Perennia propose de vaporiser le papier et quelques abeilles de chaque colonie avec du sirop de sucre : en se nettoyant, les abeilles prennent la même odeur. C’est facultatif.
Refermez avec le couvre-cadres et le toit, lestez le toit. Retirez de la vue le plancher et le matériel de la colonie faible, et fermez l’ancienne ruche : les retardataires qui y reviendront iront mendier à l’entrée de la colonie réunie, où les gardiennes les acceptent plus volontiers si elles arrivent chargées.
Étape 5 : attendre sans ouvrir
James Tew montre une feuille déjà retirée environ 24 heures après la pose. Devant la ruche, de petits morceaux de papier mâché sur la planche d’envol indiquent que le travail avance. N’ouvrez pas avant trois jours.
Étape 6 : contrôler la reine (après 3 à 7 jours)
Gabritsch conseille d’attendre au moins trois jours, puis de chercher la reine ou des œufs frais. Pas d’œufs après une semaine ? La reine a été tuée. À la belle saison, donnez un cadre d’œufs et de jeunes larves d’une colonie forte pour qu’elle élève une reine de sauveté, ou introduisez une reine fécondée ; à l’automne, seule une reine fécondée ou une nouvelle réunion vous sortira d’affaire.
Étape 7 : regrouper dans un seul corps (après 1 à 2 semaines)
Descendez les cadres de couvain et de réserves dans le corps du bas, retirez les cadres vides et le corps supérieur. Une réorganisation trop précoce est une cause classique d’échec : si les abeilles ne se sont pas réellement mélangées, la reine peut disparaître et des cellules royales apparaître dans les jours qui suivent. Ne vous pressez pas.
Retirez tous les débris de papier. Gabritsch rappelle que les larves de fausse teigne s’y cachent volontiers. Stefan Jans, du Service sanitaire apicole suisse, cite d’ailleurs dans la Revue suisse d’apiculture (janvier-février 2024) la réunion de deux colonies parmi les sources de corps étrangers retrouvés sur le lange. Ces miettes gênent la lecture d’un comptage de varroas : nettoyez le lange avant de compter à nouveau.
Notez la date de réunion, la reine conservée et le contrôle de ponte dans votre registre d’élevage, qui comporte une partie consacrée aux mouvements des animaux (voir plus bas).
Quelle reine garder quand on réunit deux ruches ?
La règle générale, reprise par la fiche suisse d’Alpes Apiculture, est de garder la reine de la colonie forte. Elle a fait la preuve de sa ponte et de la vitalité de sa colonie. Trois cas justifient de garder l’autre :
| Critère | Reine de la colonie forte | Reine de la colonie faible |
|---|---|---|
| Âge | Âgée de deux ans ou plus | Reine de l’année, fécondée et bien en ponte |
| Couvain | En mosaïque, ponte qui décline | Couvain compact, même sur peu de cadres |
| Caractère, génétique | Colonie agressive, essaimeuse, sensible aux maladies | Lignée calme et productive, reine d’élevage |
| Origine de la faiblesse | Sans objet | Essaim tardif ou nucléus récent : la faiblesse vient du calendrier, pas de la reine |
Le guide de Perennia rappelle que les jeunes reines hivernent plus facilement. Le code international de marquage vous aide à trancher d’un coup d’œil : en 2026, les reines de l’année sont marquées en blanc, celles de 2025 en bleu (voir notre page sur la reine des abeilles).
C’est tout l’intérêt de l’élevage d’été en ruchettes : à l’automne, chaque nucléus à jeune reine devient le donneur de reine d’une colonie de production dont la reine a fait son temps. Vous retirez la vieille reine, vous posez la ruchette sur papier journal, et vous hivernez une colonie forte avec une reine de l’année. James Tew conseille en outre de ne pas utiliser vos meilleures colonies comme receveuses : choisissez des colonies moyennes, et laissez les meilleures travailler.
Si vous hésitez, ne tuez pas tout de suite la reine écartée : logez-la dans une ruchette avec un cadre de couvain, un cadre de réserves et les abeilles qui les couvrent, le temps de contrôler la ponte de la reine conservée. Vous la réunirez ou l’éliminerez ensuite.
Les autres méthodes de réunion
Le papier journal n’est pas la seule technique. Les autres vont plus vite, au prix d’un risque plus élevé de combats.
| Méthode | Principe | Quand l’utiliser | Risque |
|---|---|---|---|
| Papier journal | Feuille percée entre deux corps superposés | Toute saison, colonies de quelques milliers d’abeilles ou plus | Faible |
| Réunion directe enfumée ou parfumée | Cadres alternés dans un même corps après enfumage, vaporisation de sirop ou de parfum | Colonies calmes, fin de saison, quand on manque de temps | Moyen |
| Secouage devant la ruche | Abeilles secouées sur un drap devant l’entrée de la colonie forte | Petite poignée d’abeilles, ruche bourdonneuse | Faible pour la receveuse, pertes chez les secouées |
| Grille à reine ou cadre à double grillage | Séparation qui laisse passer l’odeur, pas les abeilles | Réunion avec une reine de réserve maintenue quelques jours | Faible, plus de matériel |
La réunion directe
La fiche suisse décrit une réunion directe dans un même corps : enfumez les deux colonies, parfumez les cadres avec de l’essence de lavande ou d’eucalyptus, ou saupoudrez-les de clou de girofle ou de cannelle en poudre, puis placez les cadres de couvain de la colonie forte au centre et ceux de la faible de part et d’autre. Elle déconseille la mélisse et la citronnelle, dont l’odeur citronnée est proche de celle de la phéromone de Nasonov, qui sert aux abeilles à se rassembler. Elle propose aussi de séparer les deux blocs de cadres par un papier sulfurisé percé pour ralentir le mélange. James Tew décrit des variantes où l’on retire la reine de la colonie faible avant d’utiliser la fumée ou le sirop.
Le secouage
Selon James Tew, un petit groupe de 200 à 300 abeilles se secoue couramment près d’une autre colonie ; à partir d’un millier d’abeilles environ, il préfère la barrière de papier. Les abeilles secouées rentrent une à une, souvent chargées de nectar, et les gardiennes acceptent plus volontiers une abeille isolée qui arrive chargée qu’une masse d’étrangères. C’est aussi la base des solutions proposées pour la ruche bourdonneuse.
Réunir trois colonies
Gabritsch admet la réunion de trois colonies très faibles dont deux orphelines, à condition de retirer le troisième corps quelques jours plus tard : trop de rayons à défendre favorise la fausse teigne. C’est une solution de rattrapage, pas une conduite normale.
Les erreurs à éviter quand on réunit deux ruches
- Réunir une colonie malade. C’est l’erreur la plus grave. Le gouvernement de l’Ontario rappelle que l’échange de cadres de couvain entre colonies, pour les égaliser ou les renforcer, peut transmettre la loque américaine d’une colonie malade à une colonie saine, et que les spores survivent des décennies sur le matériel. James Tew ajoute que l’apiculteur est l’un des principaux vecteurs de cette maladie. Le National Bee Unit britannique conditionne la réunion d’une colonie orpheline au fait que les deux colonies soient indemnes de maladie.
- Réunir deux colonies faibles. Vous obtenez une colonie moyenne qui hiverne mal. Réunissez à une colonie de bonne force.
- Ne pas chercher la cause. Une colonie faible sans explication évidente (essaim tardif, reine perdue) peut cacher une nosémose, une varroose ou une intoxication. Ouvrez, regardez le couvain et les abeilles avant de décider.
- Laisser deux reines. Les abeilles en gardent souvent une, parfois aucune.
- Ouvrir trop tôt. Avant trois jours, vous risquez de disperser des abeilles qui ne se sont pas encore mêlées, et la reine peut être emballée par ses ouvrières si la ruche est dérangée.
- Déplacer la ruche sans précaution dans le même rucher. Les butineuses reviennent à l’ancien emplacement, s’agglutinent sur un support vide et meurent au premier froid.
- Réunir en pleine journée de disette, ruches grandes ouvertes. Le pillage démarre en quelques minutes.
- Réunir trop tard. En novembre, la grappe est formée, le papier n’est plus rongé et vous refroidissez deux colonies pour rien.
- Oublier les débris et le corps vide. Papier mâché, cadres vides et volume inutile favorisent la fausse teigne et l’humidité.
- Réunir une colonie bourdonneuse sans précaution. Les ouvrières pondeuses peuvent tuer la reine de la receveuse. Secouez-la d’abord, ou passez par une double épaisseur de papier sur une colonie forte.
Après la réunion : nourrir, resserrer, hiverner
Une fois la colonie regroupée dans un seul corps, évaluez ses réserves. Le livret du ministère de l’Agriculture retient 15 à 25 kg de réserves pour qu’une colonie passe l’hiver, soit l’équivalent de cinq cadres de corps Dadant pleins au moins. La colonie réunie hérite des réserves des deux ruches, mais celles du haut doivent être redescendues au contact de la grappe. S’il manque du stock, complétez au sirop lourd en septembre, en suivant notre guide pour nourrir les abeilles ; ne déplacez pas de cadres de miel d’une colonie dont vous ignorez l’état sanitaire, l’université de Floride rappelant que ce transfert peut propager des maladies.
Ajustez ensuite le volume avec une partition, réduisez l’entrée, posez la grille anti-souris : la suite de la préparation est détaillée étape par étape dans notre guide de l’hivernage des ruches.
Côté administratif, aucune déclaration propre à la réunion n’existe. La FAQ du ministère de l’Agriculture précise que la déclaration annuelle, à faire entre le 1er septembre et le 31 décembre, porte sur le nombre total de colonies détenues au jour de la déclaration, ruches, ruchettes et ruchettes de fécondation comprises. Si vous réunissez avant de déclarer, vous déclarez une colonie de moins.
La réunion a en revanche sa place dans le registre d’élevage. Tout apiculteur, professionnel ou amateur, doit en tenir un, en application de l’article L. 234-1 du Code rural et de la pêche maritime et de l’arrêté du 5 juin 2000, rappelle la DDETSPP de l’Yonne : il regroupe notamment les données sur les mouvements des animaux, leur entretien et leurs soins, ainsi que les interventions vétérinaires, et se conserve au moins cinq ans. La FAQ du ministère y range aussi le récépissé de déclaration. Consignez-y la date, les deux colonies d’origine, la reine conservée, le sort de la reine écartée et le traitement varroa réalisé avant la réunion : en cas de suspicion de maladie l’année suivante, c’est ce qui permettra de retracer l’origine des abeilles et des cadres.
Réunir au printemps : ce qui change
La sortie d’hiver est l’autre moment où l’on réunit. Le National Bee Unit britannique juge que la meilleure solution, pour une colonie orpheline au début du printemps, est de la réunir à une autre colonie, à condition que les deux soient indemnes de maladie. À cette saison, les mâles sont encore rares ou absents : une reine née trop tôt risque de ne pas être fécondée.
La méthode est la même, avec deux différences :
- la colonie orpheline de sortie d’hiver est souvent composée de vieilles abeilles d’hiver, usées. Elle apporte peu à la receveuse en population, mais ses réserves et ses cadres bâtis sont utiles. Inutile d’attendre qu’elle devienne bourdonneuse ;
- la colonie faible mais avec une reine peut être renforcée plutôt que réunie : un cadre de couvain operculé prélevé sur une colonie forte et saine, à l’éclosion, la relance. La fiche suisse lui laisse jusqu’au 1er mai pour décoller.
L’extension de l’université d’État de l’Oregon (Sagili et al., 2015) propose d’ailleurs de réunir directement un nucléus hiverné à une colonie orpheline, bourdonneuse ou à reine défaillante, puisque sa reine est déjà acceptée, tout en rappelant qu’un nucléus ne corrige ni une loque américaine ni un problème de varroa : il faut d’abord trouver la cause de la faiblesse. Au printemps, une réunion avec une ruchette qui contient une reine de l’année précédente permet aussi de constituer une colonie de production puissante pour la miellée de printemps, sans acheter de reine. Si vous préférez introduire une reine achetée dans une colonie orpheline, passez par une cage d’introduction et vérifiez d’abord qu’aucune cellule royale ni ouvrière pondeuse n’est présente.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour que deux colonies se mélangent avec le papier journal ?
Les abeilles percent en général une feuille de journal en un à deux jours ; James Tew, de l'université d'État de l'Ohio, montre une feuille déjà retirée environ 24 heures après la pose. Comptez trois à sept jours avant d'ouvrir pour vérifier la ponte, puis une semaine de plus avant de réorganiser les cadres ou de retirer le corps vide.
Faut-il tuer une des deux reines avant de réunir deux ruches ?
C'est préférable. Laisser les abeilles choisir fonctionne souvent, mais l'apiculteur américain Darryl Gabritsch signale que les deux reines peuvent alors être tuées. Retirez la reine que vous ne voulez pas garder quelques minutes avant la réunion, en général celle de la colonie faible, sauf si elle est plus jeune et de meilleure qualité.
Peut-on réunir deux ruches qui sont dans des ruchers différents ?
Oui, et c'est même plus simple : les butineuses de la colonie déplacée n'ont aucune raison de retourner à un emplacement situé à plusieurs kilomètres. Si les deux ruches sont dans le même rucher, rapprochez-les progressivement ou confinez la colonie faible 48 heures, comme le conseille une fiche suisse, pour limiter le retour des butineuses vers l'ancien emplacement.
Peut-on réunir deux colonies faibles pour en faire une forte ?
Rarement avec succès. Deux colonies faibles réunies donnent souvent une colonie moyenne qui hiverne mal, et la fiche suisse de l'association Alpes Apiculture le juge inutile. Réunissez plutôt chaque colonie faible à une colonie de force moyenne ou bonne, après avoir vérifié qu'elles sont toutes deux saines et que la faiblesse n'a pas de cause sanitaire.
Jusqu'à quand peut-on réunir des ruches à l'automne ?
L'idéal se situe après le traitement contre le varroa et avant le nourrissement de réserve, soit fin août à septembre en plaine. Une réunion reste possible en octobre tant que les abeilles volent et que les journées dépassent environ 12 °C. Passé ce cap, ouvrir la ruche refroidit la grappe et le mélange se fait mal.
Que faire de la ruche vide après une réunion de colonies ?
Retirez le corps du haut une à deux semaines après la réunion, en descendant les cadres de couvain et de réserves dans le corps du bas et en éliminant les cadres vides. Ne stockez jamais ces cadres sans contrôle : grattez les débris, surveillez la fausse teigne et réformez les cires noires ou suspectes.
Une ruche orpheline à l'automne peut-elle encore élever une reine ?
En théorie oui, en pratique presque jamais. À l'automne, il reste trop peu de mâles pour féconder une reine vierge, et une reine née trop tard ne pondra qu'au printemps, si elle survit. La seule solution fiable est de réunir la colonie orpheline à une colonie qui a une reine féconde, ou d'introduire une reine déjà fécondée.
Faut-il déclarer la réunion de deux ruches ?
Non, il n'existe pas de déclaration propre à une réunion. La déclaration annuelle, entre le 1er septembre et le 31 décembre, porte sur le nombre total de colonies détenues au jour où vous la faites, ruchettes comprises, selon la FAQ du ministère de l'Agriculture. Si vous réunissez avant de déclarer, déclarez simplement le nombre de colonies restant ce jour-là.
Sources
- Check-liste « réunion de colonies » (2017), Alpes Apiculture, Société d'apiculture des Alpes vaudoises (Suisse)
- How to combine weak colonies using the newspaper method (American Bee Journal, vol. 160 n° 7, juillet 2020), Darryl Gabritsch, American Bee Journal
- Combining Colonies: a common procedure, but without clearly defined boundaries, James E. Tew, The Ohio State University, Bee Culture
- Guide de gestion automnale de l'abeille mellifère (2016), Perennia, Équipe de transfert technologique apicole du Canada atlantique
- Mieux savoir : livret destiné à ceux qui acquièrent leur première colonie, Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire
- Bulletin régional de la santé de l'abeille n°7 (octobre 2025), GTV Bretagne, GDS Bretagne, ADA Bretagne, DRAAF Bretagne
- Foire aux questions : déclaration de détention et d'emplacement de ruches (juin 2026), Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire
- Best Practice Guideline n°6 : Spring Checks (2018), National Bee Unit, Animal and Plant Health Agency (Royaume-Uni)
- Overwintering Honey Bee Colonies in Northern Climates (ENY-161, révision 2022), James D. Ellis et Katherine Hammons, University of Florida, IFAS Extension
- Colony Size, Rather Than Geographic Origin of Stocks, Predicts Overwintering Success in Honey Bees in the Northeastern United States (Journal of Economic Entomology, 112(2), 525-533, 2019), Döke, McGrady, Otieno, Grozinger et Frazier, Pennsylvania State University
- Colony Size Drives Honey Bees' Overwinter Survival (2019), Entomology Today, Entomological Society of America
- Nestmate recognition template of guard honey bees is changed by wax comb transfer (Biology Letters, 3(3), 228-230, 2007), Couvillon, Caple, Endsor, Kärcher, Russell, Storey et Ratnieks, University of Sussex
- Comb wax mediates the acquisition of nest-mate recognition cues in honey bees (PNAS, 85(22), 8766-8769, 1988), Breed, Williams et Fewell, University of Colorado
- Élever des reines (Revue suisse d'apiculture, mai 2023, p. 155-159), Matthieu Guichard, apiservice et Agroscope (Suisse)
- Honey bee disorders: non-infectious diseases and pests (queenlessness and laying workers), University of Georgia, Honey Bee Program
- Loque américaine, Gouvernement de l'Ontario, ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et de l'Agroentreprise
- Contrôle des déchets : bien plus que simplement compter les varroas (Revue suisse d'apiculture, janvier-février 2024, p. 17-20), Stefan Jans, Service sanitaire apicole (Suisse)
- Renouvellement des colonies et des reines : pratiques des apiculteurs français (2018), Coline Kouchner et al., ITSAP-Institut de l'abeille, INRA, ADA AURA, ADA Occitanie
- Les activités apicoles : informations à l'attention des apiculteurs (registre d'élevage, maladies réglementées), DDETSPP de l'Yonne, préfecture de l'Yonne
- Overwintered Honey Bee Nucleus Colonies: Big Solutions in Small Packages (PNW 682, 2015), Ramesh Sagili, Carolyn Breece, Harry Vanderpool et Karessa Torgerson, Oregon State University Extension

